« La lutte contre le VIH/Sida demeure une priorité pour le développement de la RCA », selon le Pr. Nestor Mamadou NALI

« La lutte contre le VIH/Sida demeure une priorité pour le développement de la RCA », selon le Pr. Nestor Mamadou NALI
le Pr. Nestor Mamadou NALI, Coordonnateur de la CN-CNLS

le Pr. Nestor Mamadou NALI, Coordonnateur de la CN-CNLS

Le Coordonnateur de Comité National de Lutte contre le Sida le Pr.  Nestor Mamadou Nali, s’est prononcé sur les difficultés que traverse son institution. Depuis le déclenchement de la crise en République Centrafricaine, la lutte contre le VIH et le Sida tourne au ralenti, les principaux bailleurs tel que le fond mondial menace de retirer ses financements et la CN-CNLS peine à mobiliser les ressources supplémentaires. Malgré ces difficultés, le Pr. Nestor Mamadou Nali pense que « la lutte contre le VIH/Sida demeure une priorité pour le développement de la République Centrafricaine et figurera certainement  en bonne place dans la feuille de route du Gouvernement de Transition ».

Bonjour Pr. Nestor Mamadou Nali. Vous êtes Coordonnateur de la CN-CNLS. La situation du VIH et du Sida est alarmante à cause des évènements que le pays vient de connaitre. Peut-on connaitre la situation de cette pandémie après le changement intervenu le 24 mars 2013 ?

Avant les événements, l’épidémie était de type généralisé, avec une prévalence nationale de 4,9%, selon les résultats de l’enquête MICS 2010. Depuis le changement intervenu le 24 Mars 2013, la situation exacte n’est pas connue. Toutefois les partenaires au Développement ont fait des évaluations parcellaires qui montrent que la situation de l’épidémie s’est aggravée en RCA. Les personnels de santé ont été obligés de quitter leurs postes pendant les événements,  ce qui a causé une rupture dans la chaine d’approvisionnement en médicaments et en réactifs, et autres services de prévention (sensibilisation et mobilisation) et de soutien aux Personnes Vivant avec le VIH.

Aujourd’hui, un Plan de Contingence Santé a été élaboré sous l’égide du Ministère de la Santé. Pour le moment le pays est appuyé par une assistance technique du Haut Commissariat aux Refugiés des Nations-Unies (UNHCR) en vue d’une évaluation plus précise de la situation du VIH et du SIDA sur le terrain, ce qui permettra d’ajuster le Plan de Contingence et de l’intégrer dans le Plan d’Urgence du Gouvernement.

Avez-vous une idée exacte de la situation des Centres de Dépistage Volontaire (CDV) ainsi que de la situation de prise en charge médicale des PVVIH tant à Bangui qu’en province ?

Sur tout le pays, avant les événements, 15 000 personnes (enfants et adultes) étaient prises en charge et 16 CDV étaient opérationnels. Après les événements, la situation exacte des Centres de Dépistage et des Centres de prise en charge des PVVIH n’est pas connue, en l’absence d’une évaluation.

Toutefois, à Bangui avec la reprise progressive de la sécurité, le personnel a repris les activités dans les Centres de Dépistage Volontaire et les Centres de prise en charge des PVVIH. Les centres ont déjà été dotés en médicaments et réactifs.

S’agissant des provinces, la situation est variable d’un site à l’autre en fonction de la disponibilité du personnel et de la situation sécuritaire. Certains sites ont été ravitaillés en médicaments et réactifs grâce à l’appui technique et logistique des Confessions religieuses et des ONG Internationales comme MSF France et Hollande, DRC. Il s’agit des sites de Bangassou, de Bambari, de Kouango, de Bossangoa, de Ndélé, de Birao, de Berberati, de Nola et de Carnot.

Certains personnels des Centres de Dépistage Volontaire recevront leurs dotations en matériels et réactifs avant de regagner leurs postes. Sur les 16 véhicules des CDV, 10 ont été soit pillés, soit en panne, soit emportés. Seuls 6 sont en circulation. Il s’agit des véhicules des Centres de Dépistage Volontaire de Berberati, de Nola,  de Bouar,  de Bozoum, de Bambari et de Birao.

La CN-CNLS est l’organe technique, chargé de coordonner les activités de lutte contre le Sida en Centrafrique. Possède t-il les moyens matériels, logistiques et financiers nécessaires pour conduire efficacement sa mission ?

 Comme tous les autres services de l’Etat, la Coordination Nationale du CNLS a connu des problèmes après le 24 mars 2013. Elle a perdu 5 véhicules, 2 motos, plusieurs ordinateurs et imprimantes, des pièces maitresses des autres véhicules ont été volées sur les véhicules restants. Aujourd’hui un seul véhicule est fonctionnel.  Un huissier de justice a été commis pour le constat et un rapport est en cours de finalisation et sera disponible dans les jours à venir.

Après l’évaluation de la situation globale, un plaidoyer sera fait en direction de nos partenaires habituels pour leur appui technique et financier à la Coordination Nationale du CNLS.

Avant la recrudescence de la violence en République Centrafricaine,  vous avez élaboré une série de documents relatifs à la lutte contre cette pandémie. Aujourd’hui, que compte faire la CN-CNLS pour relancer les activités et rattraper le temps perdu afin d’être prêt au rendez-vous de 2015 ?

Le Cadre Stratégique National de lutte contre le VIH et le Sida couvrant la période de 2012 à 2016 a été validé au cours de la sixième Assemblée Générale du CNLS tenue en juillet 2012. A partir de ce Cadre Stratégique National de lutte contre le VIH et le Sida, un Plan opérationnel biennal pour la mise en œuvre du Cadre Stratégique National a été élaboré.

A cause des événements politiques que connait le pays depuis le 10 Décembre 2013,  le Plan opérationnel n’a pu être traduite en plans sectoriels.  Une priorité sera accordée à ces plans sectoriels dans les jours à venir, en tenant compte de la situation sécuritaire dans le pays et du niveau de reprise des activités dans l’arrière pays.

Avez-vous présenté la situation critique que traverse la CN-CNLS aux nouvelles autorités et aux partenaires au développement ?  Si oui, ont-ils fait des promesses pour appuyer la CN-CNLS ? Si non, que comptez-vous faire pour relancer les activités afin de sauver des vies humaines ?

Nous sommes en attente du rapport d’évaluation globale en cours pour présenter la situation au Premier Ministre, Premier Vice Président du CNLS, qui ne manquera pas à son  tour d’informer le Président du Comité National de lutte contre le Sida qui est le Chef d’Etat de la Transition.

La lutte contre le VIH/Sida demeure une priorité pour le développement de la République Centrafricaine et figurera certainement  en bonne place dans la feuille de route du Gouvernement de Transition.

Propos recueillis

Par Fridolin Ngoulou - remastpca